Comprendre votre bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ©. A quoi votre bĂ©bĂ© ressemble t’il : 

 

Votre bébé est tout petit, mais il ressemble à un nouveau-né en « miniature ». 

A la naissance, le grand prĂ©maturĂ© est souvent rouge et sa peau est moite, fine et translucide. TrĂšs rapidement, grĂące Ă  la formation de la couche cornĂ©e de la peau, celle-ci devient sĂšche et opaque comme chez les bĂ©bĂ©s Ă  terme. NĂ©anmoins, la barriĂšre cutanĂ©e du prĂ©maturĂ© reste moins efficace que chez le nouveau-nĂ© Ă  terme. On place donc les nouveau-nĂ©s dans des incubateurs humides et chauds pour compenser les pertes d’eau et de chaleur par Ă©vaporation au travers de la peau. 

A la naissance, la peau est recouverte du vernix caseosa produit par les glandes sĂ©bacĂ©es pendant la grossesse. Cette fine couche lipidique protĂšge la peau du fƓtus du liquide amniotique. 

Le prĂ©maturĂ© est parfois couvert d’un fin duvet appelĂ© lanugo.

Entre 19 et 21 semaines, le follicule pileux est complÚtement formé et les cheveux deviennent visibles. 

Les ongles se dĂ©veloppent trĂšs tĂŽt, et recouvrent complĂštement le lit de l’ongle Ă  partir du 5Ăšme mois.

Les paupiĂšres du fƓtus sont soudĂ©es jusqu’à environ 24 semaines. A partir du moment oĂč les paupiĂšres s’ouvrent le bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© va commencer Ă  percevoir visuellement son environnement pour autant que la lumiĂšre soit trĂšs attĂ©nuĂ©e. Mais la vision est en pleine maturation. A 30 semaines, apparaĂźt le rĂ©flexe des pupilles Ă  la lumiĂšre et Ă  32 semaines le rĂ©flexe des yeux Ă  l'Ă©blouissement. A 37 semaines le bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© oriente spontanĂ©ment et activement les yeux et la tĂȘte vers une lumiĂšre douce. Mais il voit encore flou, ne distingue pas les couleurs et ne voit pas les dĂ©tails. Ce n’est que vers 6 mois d’ñge corrigĂ© que le bĂ©bĂ© dispose de capacitĂ©s visuelles de base proches de celle de l'adulte.

Le développement de votre bébé :

Les poumons :

In-utĂ©ro, les poumons du fƓtus ne sont pas utilisĂ©s. C’est via le placenta que le sang est oxygĂ©nĂ©. Mais, le fƓtus a dĂ©jĂ , de façon intermittente, des mouvements « respiratoires » qui permettent d’exercer ses muscles. Les poumons du foetus sont remplis de liquide amniotique qui va ĂȘtre rapidement absorbĂ© et remplacĂ© par de l’air au moment de la naissance.

Entre 24 et 36 semaines, les poumons du bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© sont encore en plein dĂ©veloppement. C’est durant cette pĂ©riode que se forme la partie pĂ©riphĂ©rique des poumons (les petites bronches et les alvĂ©oles). Par ailleurs, les poumons ne produisent efficacement du surfactant, substance qui maintient les alvĂ©oles ouvertes pendant la respiration, qu’à partir de 34 semaines. L’immaturitĂ© pulmonaire importante des grands prĂ©maturĂ©s explique les difficultĂ©s respiratoires que peuvent rencontrer ces bĂ©bĂ©s.

Le tube digestif :

In-utĂ©ro, l’alimentation du fƓtus est assurĂ©e par le placenta.

Cependant, pendant le troisiĂšme tiers de la grossesse, le fƓtus avale chaque jour environ 75O ml de liquide amniotique. Il s’exerce ainsi pour sa vie ex-utĂ©ro, tout en dĂ©veloppant de façon considĂ©rable son tube digestif. 

Lors de la naissance, le tube digestif des prĂ©maturĂ©s est encore fort immature : la motilitĂ© intestinale, les sĂ©crĂ©tions digestives protectrices, la digestion et l’absorption intestinales sont rĂ©duites. 

Ceci explique que l’alimentation des bĂ©bĂ©s prĂ©maturĂ©s doit se faire prudemment, et que ces bĂ©bĂ©s nĂ©cessitent des perfusions pour assurer leurs besoins nutritionnels durant les premiĂšres semaines.

Le lait maternel de leur mùre est le lait qui leur convient le mieux grñce aux nombreuses substances bioactives protectrices qu’il contient.

Le cƓur :

Le cƓur de votre enfant bat dùs la fin du premier mois de gestation. 

Comme les poumons ne sont pas utilisĂ©s in-utĂ©ro, le sang est dĂ©viĂ©. Deux structures permettent au sang de contourner les poumons: le foramen ovale (orifice intracardiaque) et le canal artĂ©riel (vaisseaux entre l’aorte et l’artĂšre pulmonaire). Ces 2 structures se ferment normalement spontanĂ©ment Ă  la naissance, permettant au sang d’aller s’oxygĂ©ner au niveau des poumons. Chez les bĂ©bĂ©s nĂ©s prĂ©maturĂ©ment, le canal artĂ©riel ne se ferme pas toujours spontanĂ©ment et nĂ©cessite alors une prise en charge particuliĂšre.

Le cerveau :

Durant la deuxiĂšme moitiĂ© de la grossesse, le cerveau se dĂ©veloppe extraordinairement vite, tout en s’organisant. Chez le grand prĂ©maturĂ©, le cerveau reste nĂ©anmoins trĂšs immature et trĂšs sensible aux stimuli sensoriels et stress divers. Il est donc trĂšs important de veiller Ă  limiter les Ă©vĂšnements qui sont stressant pour le bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© et d’adapter son environnement sonore et lumineux en fonction du stade de dĂ©veloppement auquel il se trouve.

 

Les étapes de développement, un processus individuel

La progression du bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© dans ses capacitĂ©s d’éveil, d’interaction et dans ses compĂ©tences alimentaires, se fait par des Ă©tapes de dĂ©veloppement que l’enfant acquerra Ă  son propre rythme.

Si les étapes de développement sont généralement mises en lien avec un ùge gestationnel moyen, elles sont néanmoins tout à fait dépendantes du parcours médical et du caractÚre individuel de chaque enfant. 

Le comportement comme mode de communication :

C’est le comportement du bĂ©bĂ© qui nous indiquera quand il est prĂȘt Ă  s’éveiller, Ă  interagir et Ă  dĂ©velopper des compĂ©tences alimentaires. 

En effet, le comportement du bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© est le rĂ©sultat d’une interaction entre ce qui se passe dans diffĂ©rents systĂšmes : physiologique (respiration, couleur, rythme cardiaque.), moteur (tonus), d’éveil, d’attention et d’autorĂ©gulation.

Ces différents systÚmes interagissent : la stabilité du bébé dans un de ces systÚmes aidera à la stabilité du bébé dans les autres systÚmes et inversement.

Nous pourrons observer au travers de chacun de ces systĂšmes, des comportements plutĂŽt identifiĂ©s comme signes de stress, de dĂ©sorganisation, nous faisant savoir qu’une stimulation n’est pas adaptĂ©e, que le bĂ©bĂ© a besoin d’une pause ou de reporter l’expĂ©rience. Par exemple, il devient plus pĂąle, respire plus vite, son rythme cardiaque ralentit, il devient plus mou ou Ă©tend les bras et les jambes. D’autres comportements nous indiquent que le bĂ©bĂ© est prĂȘt et nous encourageront Ă  renforcer une interaction ou poursuivre une stimulation.

 

Les dĂ©buts du repas au sein s’établiront ainsi de maniĂšre progressive sur base du comportement du bĂ©bĂ©. L’alimentation au sein du bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© nĂ©cessite qu’il parvienne Ă  maintenir des paramĂštres physiologiques stables. Par ailleurs, le bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© passe par diffĂ©rents niveaux de coordination de la succion, dĂ©glutition et respiration qu’il faut connaĂźtre pour le soutenir dans le dĂ©veloppement de ses compĂ©tences alimentaires quand il montre qu’il est prĂȘt :

- Le bĂ©bĂ© tĂšte sans s’arrĂȘter pour respirer

- Le bébé alterne des périodes de succion, déglutition  et respiration

- Le bébé coordonne sa succion avec sa respiration pour des périodes progressivement plus longue

- Le bĂ©bĂ© coordonne tout cela en mĂȘme temps qu’il communique.

Les premiÚres expériences au sein seront proposées quand le bébé développera une recherche de succion et parviendra à maintenir ses paramÚtres physiologiques stables. Au début, le bébé lÚchera simplement le mamelon. Ensuite il restera agrippé à celui-ci et progressivement développera ses compétences.

La respiration est importante Ă  observer pour voir oĂč le bĂ©bĂ© se situe dans son dĂ©veloppement et lui accorder des pauses de sorte qu’il maintienne ses paramĂštres physiologiques stables.

 

Le bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© Ă©tend les membres Ă  la recherche d’un support qui l’aidera Ă  se positionner en flexion. C’est la position physiologique de dĂ©veloppement du fƓtus in utĂ©ro, jusqu’à l’ñge du terme. Nous pouvons lui donner les supports dont il a besoin en l’installant dans un petit nid et des linges mais aussi en le soutenant avec nos mains et nos bras. TrĂšs progressivement, en fonction du dĂ©veloppement du bĂ©bĂ©, nous diminuerons les supports pour lui laisser l’opportunitĂ© de dĂ©velopper ses compĂ©tences. 

L‘aide Ă  la flexion lors des repas (en emballant le bĂ©bĂ© dans un linge souple par exemple), permettra au bĂ©bĂ© de garder ses paramĂštres physiologiques stables pendant le repas et de conserver son Ă©nergie pour cette tache alimentaire. Il est important de favoriser un moment de qualitĂ© et non pas une quantitĂ© Ă  administrer. Un bĂ©bĂ© qui reste stable, mĂȘme s’il a peu bu, aura plus envie de revenir Ă  une nouvelle expĂ©rience alimentaire. 

De mĂȘme, avant les premiers vrais repas, conforter des moments d’expĂ©riences orales positives (accĂšs des mains Ă  la bouche, succion non nutritive, gouttes de colostrum et lait maternel sur la tĂ©tine) aidera au le dĂ©veloppement des compĂ©tences alimentaires futures.

 

Les états de conscience du bébé prématuré

Il est d’autant plus difficile pour le bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© d’utiliser son Ă©nergie pour s’éveiller qu’il est jeune ou malade. Mais petit Ă  petit il y parviendra, avec un environnement adaptĂ©. Tout d’abord sur de courtes pĂ©riodes et hors des stimulations. A nous de dĂ©tecter quand le bĂ©bĂ© est prĂȘt pour s’éveiller et interagir.

Quand le bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© n’est pas prĂȘt Ă  faire face Ă  une stimulation, il peut refermer les yeux  et tourner la tĂȘte : il nous demande de diminuer nos sollicitations. 

Ainsi par exemple, quand le bébé manifeste son envie de téter, nous pouvons donner la priorité au repas sans attendre une heure déterminée ou la fin des soins. Cela aidera le bébé à développer ses compétences alimentaires.

 

Apprendre du comportement de votre bébé prématuré

TrĂšs tĂŽt le bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© dĂ©veloppe des stratĂ©gies pour se sĂ©curiser, se stabiliser. Au dĂ©but, il nĂ©cessite de l’aide pour arriver Ă  mettre en place ces stratĂ©gies. Mais progressivement il parvient Ă  les dĂ©velopper de maniĂšre autonome. Il est intĂ©ressant de repĂ©rer ce que le bĂ©bĂ© dĂ©veloppe pour se sĂ©curiser afin de le soutenir dans ce sens (recherche d’agrippement, porte les mains Ă  la bouche ou au visage, succion, prise d’appuis avec ses pieds, serre les mains l’une contre l’autre, serre les pieds
)

 

Comment soutenir le développement alimentaire de son bébé :

  • Participer activement au repas, mĂȘme par sonde, en lui donnant un environnement adaptĂ© (peau Ă  peau ou peau Ă  sein) et en l’aidant Ă  maintenir une position flĂ©chie.
  • Proposer Ă  son bĂ©bĂ© une succion non nutritive et lui donner un doigt ou un doudou Ă  agripper.
  • Proposer des pauses quand il montre des signes de dĂ©sorganisation et de fatigue.
  • Aider par une prĂ©sence continue Ă  repĂ©rer les moments de disponibilitĂ© de votre bĂ©bĂ© pour se diriger rapidement vers une alimentation Ă  la semi-demande puis Ă  la demande.

 

BĂ©bĂ© nĂ© avant 28 semaines : Ă  quoi s’attendre ?

Les grands prĂ©maturĂ©s, nĂ©s avant 28 semaines d’ñge gestationnel, sont particuliĂšrement fragiles. Tous leurs organes sont en place et fonctionnels mais  immatures. Ils nĂ©cessitent donc de trĂšs nombreux supports pour pouvoir s’adapter progressivement Ă  la vie extra-utĂ©rine. Il est important qu’ils bĂ©nĂ©ficient de soins individualisĂ©s, soutenant leur dĂ©veloppement. La participation des parents aux soins et Ă  l’alimentation de leur enfant prĂ©maturĂ© est essentielle.

 

Dr. Marie Tackoen

Chef de Service de NĂ©onatologie

CHU Saint-Pierre

Rue Haute 322, 1000 Bruxelles

 

 

Delphine Druart

Formatrice NIDCAP

Brussels NIDCAP Training Center

Coordinatrice Soins De DĂ©veloppement

CNN - CHU St Pierre